ELOGE DE L’INSOUMISSION

par Daniel COLOGNE

Recension du livre de Georges Feltin-Tracol : Orientations rebelles, Les Editions d’Héligoland, 2009.

Les citations suivies d’un numéro de page sont extraites de ce livre.

Le « nouvel ordre de la Terre » (1) n’est concevable à mes yeux qu’en conformité avec l’harmonie cosmique. Il suffit de jeter un coup d’œil sur le fonctionnement de notre système solaire pour découvrir deux des principales lois de la Nature lato sensu : la structuration hiérarchique et la pluralité rythmique. Les planètes (dont notre bonne vieille Terre) tournent autour du Soleil à des vitesses différentes sans perturber pour autant l’unité de l’ensemble astronomique. Le Soleil est supérieur à la Lune en ce qu’il irradie sa propre lumière que notre satellite, en revanche, ne fait que réfléchir. Le Temps est supérieur à l’Espace, mais a besoin de lui pour se manifester à travers les cycles astraux, les variétés saisonnières, ou tout simplement la mécanique de l’horloge. La hiérarchie naturelle suppose une réciprocité entre le supérieur et l’inférieur. L’absurdité égalitaire fait courir les peuples et les hommes selon une cadence unique. Ainsi se creusent sur les fronts et les paysages les rides et les sillons du malheur.

Telle est la base sur laquelle je rejoins le mot d’ordre d’insoumission lancé par Georges Feltin-Tracol en conclusion de son excellent ouvrage. Non à l’égalitarisme pervers ! Non à l’uniformité rythmique de la machine à écraser les hommes et les peuples ! Oui à une rébellion authentique ne se jouant pas « comme une pièce de théâtre » (p.300) ! Oui à une insurrection véritable, non conforme  » aux souhaits du Spectacle » (Ibid.), plus sincère que la pseudo-révolte braillée par les « enfoirés » en tous genres, sur les plateaux télévisuels complices, entre deux prélassements dans leurs suites hôtelières à quatre ou cinq étoiles.

Georges Feltin-Tracol rassemble des textes donnés à des revues ou mis en ligne sur des sites Internet entre 1997 et 2009. De préférence à l’ordre chronologique, il opte pour une recomposition de ces 34 articles, fruits de plus d’une décennie de labeur lucide et acharné, en une sorte de symphonie où apparaissent, selon la loi du genre, des leitmotive : par exemple « le recours aux frontières (p.271) faisant écho à la « société fermée » (p.97).

N’en concluons pas pour autant que la pensée politique de l’auteur se réduit à une apologie du protectionnisme ou à un frileux repli particulariste. Au contraire, elle s’inscrit dans l’ampleur du patriotisme triscalaire dont Georges Gondinet et moi-même (2) avons évoqué les fondements dès les années 1976-1977. Georges Feltin-Tracol nous fait l’honneur de la citation (pages 13 et 26). Il prône la « reconfiguration du monde en grands espaces » (p.203) intégrant avec souplesse, à l’instar de l’idée impériale bien comprise (patrie idéale), les singularités temporelles (patries historiques) et spatiales (patries charnelles, liées aux diversités des paysages).

Georges Feltin-Tracol restructure son florilège selon 5 grands axes qui induisent autant de chapitres. Le plus court de ceux-ci est consacré à 4 « figures » (p.227) : l’une méconnue (Georges Darien), l’autre incomprise (Thierry Maulnier), une troisième saluée comme un maître aux innombrables facettes et à la multiple splendeur (Jean Mabire), la dernière mondialement notoire (Charles De Gaulle) et fournissant l’occasion de mesurer « l’abîme séparant l’homme du 18 juin des captateurs de l’héritage qui s’en réclament fort abusivement » (p.242).

Le livre de Georges Feltin-Tracol est écrit dans un esprit de « reconquête » (p.253, chapitre 5) du terrain perdu face à la voracité tentaculaire de la « société globale » (p.101, chapitre 2).

En réalité, il est plus exact de parler de « partie 5 » et de « partie 2 », l’auteur ayant réservé le vocable de chapitre à chacun de ses articles rassemblés. La partie 3 est la plus longue. Rien d’étonnant à ce qu’elle soit consacrée à la géopolitique, dont l’auteur pense que les clivages (Terre-Eau, continentalisme-atlantisme) vont, au XXIème siècle, se substituer aux antagonismes idéologiques.

Quant à la partie 1, l’auteur est trop modeste en l’intitulant « Mises au point ». Citant notamment Emmanuel Lévy, un autre grand ami, Georges Feltin-Tracol analyse en profondeur la « fausse réaction » de la « contre-modernité » (p.62), n’hésite pas à « susciter le prompt mécontentement de l’école de la Tradition » (p.64), souligne combien René Guénon et Julius Evola participent « plus du monde moderne que de la tradition, car ce qui est réactif participe de ce contre quoi il réagit » (3). Voilà beaucoup plus qu’une « mise au point ». Voilà une révision aussi déchirante que salutaire à laquelle sont conviés ceux qui, comme votre serviteur, ont trop longtemps opposé à la « fuite en avant » progressiste un décadentisme rectilinéaire stérile.

Georges Feltin-Tracol anime un site Internet (europemaxima.com) dont la vocation est de poser plus de questions que d’en résoudre. De cette vraie « pensée libre » à rebours de la fausse « libre-pensée » et de son insidieux dogmatisme de rechange, le lecteur trouvera un écho sonore dans l’article-chapitre consacré à Guillaume Faye, avec qui l’auteur et moi-même ne sommes pas toujours d’accord, mais en qui nous reconnaissons, en toute solidarité critique, un des plus courageux combattants de la pensée « alternative » et « rebelle ».

Et Georges Feltin-Tracol ajoute : « Les œillères et le dogmatisme appartiennent aux intellocrates qui squattent plateaux de télévision, studios de radio et pages de magazines. Les controverses internes et les discussions passionnées ont toujours eu lieu dans notre courant de pensée. Plus que jamais, nous devons être ouverts aux remarques de nos pairs et aux soubresauts du monde moderne » (p.54).

Concluons donc provisoirement et comme il se doit : ici s’achève la recension, mais le débat continue.

NOTES

1. Expression utilisée par Georges Feltin-Tracol dans sa contribà l’ouvrage collectif L’Europe, la Patrie et le Monde (Dualpha, 2009).

2. Voir notre brochure Pour en finir avec le fascisme (Cercle Culture et Liberté, 1977) et mon article L’Europe, patrie idéale (Genève, Impact, octobre 1976).

3. Eléments, novembre 1999, p.7.

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